dimanche 1 mai 2011

Quatre jours dans le Northland

En l’an de grâce deux mille onze après la naissance d’un mec, voici le récit de notre aventure, survenue pendant les quatre jours fériés célébrant la résurrection du mec en question.
Ainsi donc, armés d’une voiture automatique en fin de vie, d’un léger bagage, d’une boite de céréales, d’un paquet de spaghetti et de deux épis de maïs, nous avons décidé de partir explorer le grand nord de la Nouvelle-Zélande : le Northland. Encore une fois, nous pouvons admirer avec quelle imagination les anglo-saxons nomment leurs régions. Point de noms chantants comme Calvados, Périgord ou Provence, la région au nord, ici, c’est « La région du Nord » (en anglais dans le texte).


Comme nous l’avons dit plus haut, nous avons quatre jours devant nous pour explorer cette bande de terre d’environ 350km, au nord d’Auckland. Les guides touristiques sont tous formels, le Northland, c’est « The Real New Zealand ». La côte Est est la plus touristique, c’est l’équivalent de leur côte d’Azur et c’est là que se trouve les plus beaux sites de plongée, tandis que la côte Ouest est plus sauvage, avec de grandes forêts tropicales.
La météo nous a prévue 2 jours de beau temps, puis quelques pluies le dimanche et des averses pour le lundi de Pâques. Du coup, nous décidons de privilégier la côte ouest puis d’aller tout au nord, avant de redescendre par la côte est.
Le Northland n’a pas l’air bien grand donc avec une nuit à l’ouest, une nuit au nord, et la dernière nuit à l’est, on devrait s’en sortir plutôt bien. J’ai réussi à réserver la dernière nuit dans un backpacker de Whangarei (prononcez « Fangérei »). Pour les deux premières nuits, il faudra trouver sur place.
Donc pour résumer le programme :
- Vendredi, visite des parcs nationaux et des forêts de kauris de l’ouest.
- Samedi, visite du Cape Reinga, le point le plus au nord de la Nouvelle-Zélande, de la dune géante et de la ninety-miles beach.
- Dimanche, descente tranquille le long de la côte Est avec ses baies paradisiaques.
- Lundi, visite de Whangarei et retour tranquille vers Auckland.
Vendredi Saint (Good Friday)
Les choses commencent bien lorsque nous voulons mettre nos bagages et nos provisions dans le coffre : impossible de trouver comment ouvrir le coffre. Je passe en revu tous les boutons et toutes les poignées de la voiture mais rien n’y fait, aucune ne commande le coffre. Il y a bien une serrure sur le coffre mais la clé ne tourne pas dedans, quoi qu’on fasse, et on préfère ne pas forcer.
Nous voilà donc doucement partis sur la route 16, les bagages sur les sièges arrières, avec pour première étape, le Kauri Museum. Il faut savoir que le Kauri est le deuxième plus gros arbre après le Séquoia et qu’il ne pousse qu’en Nouvelle-Zélande donc les néozélandais n’en sont pas peu fiers.
Le guide annonce 4 heures de route jusqu’aux grands parcs nationaux de Kauris. Quatre heures pour faire 150km, fichtre ! Ils ont fait la route en vélo ou quoi ? Et bien non, ils l’ont surement même fait en Ferrari. La route est une grosse nationale à 2 fois 2 voies jusqu’à la petite ville de Hellensville, et après, ça se gâte. Je vous disais déjà que Auckland était vallonnée, hé bien, vous pouvez étendre ça à toute la Nouvelle-Zélande en le multipliant par 10.
Les nationales néozélandaises sont limitées à 100km/h, une vitesse que nous n’avons jamais atteint tellement il y a eu de virages sur notre route. En revanche, chaque virage particulièrement serré est indiqué par des flèches et une vitesse conseillée. La plupart du temps, la vitesse conseillée est un peu basse mais cela a l’avantage d’annoncer la courbure du virage selon que la vitesse est 35km/h, 55km/h ou 75km/h. Remarquez que passer de 100km/h à 35 km/h pour entamer un virage en descente avec une voiture sans frein moteur, c’est assez artistique.
Après 2h30 de lacets dans les montagnes, nous arrivons tout juste au Kauri Museum, qui est à moins de 100km de Auckland. Il faut dire que nous nous sommes arrêtés à tous les « Lookout » que nous avons croisé pour faire des photos. En fait, nous ne nous sommes pas tant arrêtés que ça puisque généralement, les Lookout étaient annoncés par des panneaux à l’endroit même où il fallait sortir de la route. Encore une fois, prendre un virage à 90° quand on est lancé, ce n’est pas pratique. De plus, comme on conduit à gauche, lorsqu’on tourne, on prend la première voie. On n’a donc même pas la distance de la voie en sens inverse pour freiner puis tourner. Je sens que je vous ai un peu perdu sur ce coup, je vais faire un schéma. Paint Power !


Le musée est immense, à la mesure des Kauris. On y voit comment les premiers colons ont abattu et travaillé les premiers Kauri, puis, quand l’industrialisation a fait son apparition, comment les mêmes colons ont pu massacrer des forêts entières pour faire des maisons, des bateaux, des meubles etc.
Voici d’ailleurs le Caterpillar 60, grosse bébête permettant de balader les troncs d’arbres abattus et remplaçant 110 bœufs.


Puis des machines pour scier à faire baver des ingénieurs AII. Faut dire qu’un Kauri a l’air particulièrement énorme, d’ailleurs une seule planche de Kauri suffit à faire une jolie table de conférence.




Nous passons bien 1h30 à visiter le musée et regarder les photos. Mais avec tout ça, nous n’avons toujours pas vu de Kauri debout. Nous pique-niquons rapidement d’un sandwich » jambon-processed cheese » avant de reprendre la route pour le Trounson Kauri Park. Avec un nom pareil, ils doivent bien avoir encore quelques kauris.
Sur le chemin du Trounson Park, le guide conseille un petit détour par les Kai Iwi Lakes d’où partent de jolies randonnées. En fait, le lac ne casse pas trois pattes à un canard, c’est un lieu de camping ou tout le monde vient avec son énorme 4x4 en tirant son bateau ou son jet-ski en remorque. Une bonne partie de la forêt sur la colline semble avoir brulée et l’incendie est un peu trop près du camping pour être de cause tout à fait naturelle.
Il y a bien un « walkway » qui semble faire le tour du lac mais c’est plutôt un gros chemin de terre de la largeur d’un camion, surement pour les gardes forestiers. Par vraiment extraordinaire ni authentique.
Nous reprenons la route des kauris et ses interminables tournants. Jusqu’à présent, la route était plutôt bordée de bush, de pâturages et de petites forêts. Maintenant, nous entrons dans la dense forêt tropicale. La jungle semble avoir à peine daignés s’écarter de la route qui continue à serpenter dans les montagnes néozélandaises. Il ne vaut mieux pas s’endormir au volant. Il n’y a pas de platanes mais les arbres n’ont pas l’air plus accueillants.
Enfin ! Il est 16h30 et nous arrivons au Trounson Kauri Park ! Les panneaux indiquent une petite marche de 40 minutes à travers les fameux arbres. J’ai hâte d’en voir un ! Mais d’abord, il faut se laver les pieds. Les kauris sont menacés par une maladie appelée la Dieback, et il faut gratter ses semelles puis les laver au désinfectant avant de pouvoir entrer dans la forêt. Le même rituel est à recommencer en sortant de la forêt.


Bon alors, il est où mon kauri ? Vu la taille de la bête, on pourrait penser que chercher un kauri dans une forêt revient à chercher un éléphant dans un frigo. Même sans les traces de pas dans le beurre, ça ne doit pas être sorcier, surtout qu’un arbre se déplace moins vite qu’un éléphant. Hé bien si ! La forêt est tellement dense, pleine d’immenses palmier-fougère (je ne connais pas le nom exact), qu’on n’y voit pas à 20 mètres. Enfin, parmi les arbres, je distingue une forme immense et sombre, on dirait un mur. C’est mon premier kauri!!! Il est énoooooooorme! Et immense! Son tronc dépourvu de branche monte impeccablement droit vers la canopée. C’est à s’en donner un torticolis, bref c’est indescriptible alors voici quelques photos. Cela rend plutôt mal en photo, sans la profondeur, on voit moins les dimensions, mais c’est très gros. La plupart ont déjà quelques centaines d’années, mais les plus gros ont plus de 2000 ans, un peu comme le type dont c’est la résurrection, sauf que les kauris existent vraiment (hinhinhin humour).



Partout, de petits panonceaux expliquent que les racines nourricières du kauri sont juste à la surface du sol et sont très fragiles. Le simple fait de marcher dessus peut les détruire et tuer l’arbre. Le kauri est un colosse aux pieds d’argile. Qu’est ce que j’cause bien.
Bon, avec tout ça, il est 18h bien sonnées et nous n’avons toujours pas d’endroit où dormir cette nuit. J’avais repéré sur internet une auberge dans le village de Kaihu (prononcez « cailloux », j’adore ce nom) mais quand nous sommes passé devant, l’auberge était clairement abandonnée depuis longtemps. Nous reprenons la voiture et, à peine avons-nous fait 500m que nous tombons sur le Kauri Coast Holiday Park qui propose aussi des dortoirs. Ainsi soit-il, nous avons tout un petit bungalow, avec un lit double pour nous tout seul. Il faut dire qu’il n’existe pas de transport en commun venant jusque là, alors il ne risque pas d’y avoir une foule de packpacker.
Comme la journée a été rude, nous prenons un repos bien mérité, en buvant du cidre et en grignotant des cajous, un bouquin à la main.


Plus tard, nous nous préparerons nos épis de maïs pendant que la télé diffuse Top Chef NZ, ce qui nous permet d’apprendre à faire un millefeuille à la fraise (en français dans le texte), une tarte tatin (dessert français par excellence d’après le chef) et un je-sais-pas-quoi-super-anglais au caramel qui a l’air ignoble. C’est sûr que notre maïs parait un peu maigre après ça.
Samedi après le vendredi saint
Réveil presque à l’aube, vers 8h. Nous mangeons notre petit déjeuner continental à base de tartines, céréales et jus d’orange. Tout autour de nous, les barbecues sont en route et des barbares déjeunent de bacon, d’omelette, de beans et de pommes de terre sautées, ça à l’air fantastique. Il est nul notre petit déjeuner.
Si vous suivez mon récit avec attention, vous avez surement remarqué qu’on était un poil en retard sur notre programme. Aujourd’hui, on était censé faire l’extrême nord de la Nouvelle-Zélande et voilà que nous sommes à peine à la moitié de la côte ouest. Il n’est pas question de zapper les grandes forêts pour autant, alors nous voilà repartis.
Une heure plus tard, nous sommes au cœur de la Waipoua Forest. Encore une fois, un panneau annonçant un Lookout surgit inopinément d’un virage et nous nous retrouvons engagés sur un chemin de terre et de gravier fortement pentu et tout cabossé. En haut du chemin, une plateforme d’observation donne une vue imprenable sur la forêt tout autour. Au passage, voici notre voiture.



Au pied de la plateforme, un kauri commémoratif à été planté pour une quelconque occasion. Heureusement que le kauri ne pousse pas vite parce que la plateforme ne permettra plus d’observer grand-chose quand il sera adulte.
La descente depuis le lookout est encore plus hasardeuse que la montée, même en bloquant la voiture en première vitesse. Il est impossible de freiner sur les graviers et la voiture cahote tellement que je suis sûre qu’on va en perdre des morceaux.
Entre Waimamaku et Opononi, plusieurs petites balades sont aménagées dans la forêt. Nous choisissons de faire les deux balades qui nous permettent de voir les deux plus gros kauris du monde. La première dure une quarantaine de minutes et nous amène au pied de Te Mahuta Ngahere, « le père de la fôret ». C’est indescriptible, ce kauri est vieux de plus de 2000 ans et fait la taille d’un immeuble. Il fait 16m de circonférence et 30 mètres de haut. Les autres arbres autour ont l’air de brindilles alors qu’ils font déjà la taille d’un gros chêne.


La deuxième balade, quelques kilomètres plus loin, finit de nous achever. En fait, de balade, c’est un petit ponton en bois de 500 mètres qui nous mène au pied de « Tane Mahuta », le Seigneur de la forêt. C’est le plus grand kauri du monde. Il n’a que 1200 ans mais il mesure 51 mètres de haut et déjà 14 mètres de circonférence. Voici une photo en pied du Kauri et une photo avec des humains pour donner l’échelle.



Au passage, nous remarquons que les temps de balade indiqués par l’office des forêts sont très généreux. Ils doivent être calculés pour les fauteuils roulants. A moins qu’ils ne comptent les 30 minutes que l’on passe la bouche ouverte en voyant les deux kauris géants.
Il est temps de reprendre la route. Au nord d’Opononi, un grand bras de mer entre dans les terres : le Hokianga Harbour. Plutôt que de faire le tour, nous comptons prendre le ferry à Kohukohu qui nous amènera directement à Rawene, de l’autre côté. Avant d’arriver dans la baie, une dernière côte nous fait quitter la forêt et offre une vue magnifique sur Hokianga Harbour. Bien sûr, un lookout-surprise a été aménagé et permet de prendre quelques photos de carte postale.


Le temps de redescendre la route de l’autre côté, nous arrivons à la seconde pile où le ferry largue les amarres et nous avons tout juste le temps de sauter dedans. La traversée coute 18$ pour la voiture et nous deux. C’est tellement plus reposant que les interminables zigzags des routes néozélandaises!
En débarquant, nous laissons passer les fous du volant et nous nous dirigeons tranquillement vers le nord en cherchant une aire de piquenique pour déjeuner. Vers 15h, nous arrivons en vue de Kaitaia, dernière grosse ville tout au nord. Il est trop tard pour nous lancer sur la route du Cape Reinga, nous nous cherchons plutôt un endroit où dormir.
Le guide indique un backpacker pas trop cher à Ahipara, un village en bord de mer. Le backpacker, rendez-vous des surfeurs, a été pris d’assaut, mais un petit motel, le Northern Queen Motel, tenu par une vieille dame adorable a des appartements libres. Pour 80$, nous avons un grand 2 pièces tout équipé, avec vue sur toute la célèbre (en nz) ninety-miles beach. Christophe saute dans son maillot de bain et nous voila à la plage.


La ninety-miles beach, comme son nom l’indique, fait 90km et non pas 90 miles. Enfin, ça fait déjà beaucoup. C’est donc une immense plage impeccablement plate et très large, ce qui en fait le terrain de jeux idéal des moto-cross, des 4x4 et des quads. Autant dire que bouquiner sur la plage a autant de charme que de faire la sieste sur une aire d’autoroute.
De son côté, Christophe, après moult simagrées, a réussi à entrer dans l’eau et s’amuse comme un petit fou dans les rouleaux de la mer de Tasmanie. Il prétend qu’elle est très bonne, du coup, je consens à relever le bas de mon jean pour me mouiller les ongles de pied. C’est vrai qu’elle est bonne. Du coup, je laisse une première petite vague me couvrir les pieds, puis une seconde me couvrir les mollets, et une troisième vicieuse m’envoie les quatre fers en l’air, je suis trempée, je retourne bouder sur ma serviette.
Deux heures plus tard, mon pantalon n’a même pas commencé à sécher, il est plein de sable et c’est le seul que j’ai. Nous décidons d’aller faire un tour à Kaitaia. Il nous faut du pain pour demain et de la sauce pour les spaghettis. Nous voulons retirer de l’argent mais le distributeur refuse nos deux cartes BNP, nous avons dépassé notre plafond de retrait autorisé. Heureusement, Christophe a sa carte de la Caisse d’Epargne. A Kaitaia, il y a un Pack’n’Save. C’est l’équivalent du Lidl à ses débuts : des palettes sont disposées ça et là, et on se sert directement dedans. Ils ont aussi des sacs de cajous de 300g pour 9$ ! Christophe craque pour des figues séchées, c’est tout à fait le pays des figues ici. Là, je dois préciser en me gonflant d’orgueil que la caissière a remarqué ma bague et m’a dit qu’elle était très élégante.
Sur le chemin du retour, nous croisons deux jeunes filles qui font du stop. Elles vont à Ahipara alors nous les emmenons. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’une petite odeur de pieds fasse son apparition puis s’amplifie horriblement jusqu’à nous asphyxier. Il n’y a que 15 km entre Kaitaia et Ahipara mais jamais la route ne m’a paru aussi longue. Dès qu’elles descendent, on ouvre en grand les fenêtres, en espérant que l’odeur soit partie avant qu’on ne rende la voiture.
Nous dinons donc de spaghetti à la sauce tomate, de cajous et toujours avec notre cidre. Cette fois, à la télé, il y a une émission japonaise appelée Banzai abominablement colorée et bruyante, dont le principe et de faire parier les téléspectateurs sur des sujets débiles. Exemple : une vieille dame s’amuse à lâcher des œufs depuis sa fenêtre et il faut deviner si le passant va se le prendre sur la tête ou non. Un autre pari consiste à deviner quel ensemble de sous-vêtements sexy un homme respectable anglais va choisir pour sa dulcinée. Navrant. Bien sûr, entre deux paris idiots, il y a 5 minutes de pubs.
Sur une autre chaine, (on se lasse vite de Banzai), il y a American Idol version néozélandaise, puis une comédie américain « Keep Faith » avec Ben Stiller et Edward Norton. Edward Norton dans le rôle d’un jeune prêtre, c’est super sexy. Au moins, on aura fait des progrès en américain, si ce n’est en néozélandais.
Dimanche de Pâques
Réveil en douceur. Le lit était étrangement mou et élastique, on aurait dit un waterbed.
Bon, aujourd’hui, et avec 24h de retard, nous allons au Cape Reinga, le point le plus au nord de la Nouvelle-Zélande. C’est encore à 110 km au nord de Kaitaia et le guide annonce 2h30 de route, beuuuuuh. Cette fois, pas de lookout, nous fonçons vers Cape Reinga.
Les néozélandais sont très soucieux de la préservation de leurs parcs naturels donc tout est toujours bien indiqué et aménagé pour les touristes. Et notamment, il y a des toilettes publics propres partout, c’est très important pour une fille.
Bref, Cape Reinga est très beau bien que beaucoup plus touristique que tout ce que nous avons vu jusqu’à présent. Il y a un vent à décorner les bœufs, et, contrairement aux prévisions météos, il fait couvert mais il ne pleut pas. Un chemin mène au phare du cap et des panneaux expliquent que ce cap est très important dans la culture maorie. C’est l’endroit où les âmes des morts viennent trouver le passage vers l’autre monde. C’est aussi le lieu où la mer de Tasmanie rencontre l’océan Pacifique, et vu les courants, ça ne doit pas rigoler.



J’en profite pour placer une jolie photo de Christophe pour sa maman. Coucou Christine !


Il y a pas mal de balades au départ du phare mais celles-ci ne sont pas à la portée de tout le monde. Une balade assez prometteuse annonce la Spirit Bay à 2h30 de marche. Cela nous aurait bien tentés si on n’avait pas vu une route allant à Spirit Bay en venant. C’est bien la peine de se taper 2h30 pour tomber sur un site rempli de gros touristes venu en car.
Après s’être laissé hypnotisés par les énormes rouleaux s’écrasant sur les rochers, nous quittons Cape Reinga pour Spirit Bay. Une fois hors de la route principale, il n’y a qu’un chemin en terre qui malmène la voiture alors que les cars descendent la route à toute allure les doigts dans le nez.
Il n’y a pas à dire, c’est joli. Comme il est midi et que les touristes ont envahi toutes les tables de piquenique, nous déployons nos capes de pluies et nous nous installons dans l’herbe, juste devant la plage, histoire de gâcher les photos des touristes derrière nous.


Après manger, nous allons voir les dunes géantes de Te Paki. Ces dunes sont assez spectaculaires et sont un terrain de jeux parfait pour les amateurs de luge. Au pied de la dune, un marchant propose la location de luge pour 15$ de l’heure, avec interdiction de partager une luge. En voila un qui a trouvé le filon. Avant d’accéder aux dunes, il faut franchir un torrent déchainé à pied. Ici vous pouvez voir Christophe franchir l’obstacle avec une grâce inimitable.


Nous n’avons pas loué de luge, nous allons juste marcher au sommet des dunes pour voir la mer de l’autre côté. La montée n’est pas de tout repos mais la vue sera surement à la hauteur de nos efforts. En haut de la dune, il y a la vue sur… d’autres dunes. Perdu. Il nous a encore fallu marcher 20 minutes pour enfin voir la mer.


Pendant ce temps, les lugeurs montent tout en haut d’une dune de 25 mètres et s’élance dans la pente abrupte sur une planche de polystyrène. Un jeune indien malchanceux rate sa descente et fini en roulant-boulant, sous les hurlements de rire peu charitables de ses copains. J’avoue qu’on a rigolé aussi.
Sur le retour vers le sud, nous nous arrêtons sur la ninety-miles beach pour que Christophe pique une tête. Apparemment, elle est bien plus froide qu’hier.



Avec tout cela, le temps passe et nous devons être à Whangarei pour la nuit. Nous sommes tout au nord du Northland et le guide annonce déjà au moins 5h de route pour faire Kaitaia à Whangarei. En plus, j’ai complètement oublié le nom de nos backpacker à Whangarei et je ne l’ai pas noté. Whangarei est une grande ville, ça nous prendrait un peu de temps de le trouver au hasard, même si je me souvenais de son nom. Il nous faut donc d’abord trouver un coin avec internet pour retrouver le mail de réservation. Christophe est grognon et m’en veut un peu.
Nous arrivons à Kaitaia juste avant que l’office de tourisme ne ferme et j’ai juste le temps de chercher le mail et regarder l’adresse.
En quittant Kaitaia, nous nous trompons de route pour descendre sur Whangarei. La route 10 fait le tour de la côte, en passant devant les paysages magnifiques de Doubtless Bay et Bay of Island, alors que nous prenons la route 1, qui descend vers Whangarei en traversant les montagnes. Nous voilà repartis pour 4h de virages et lacets interminables. La météo a fini par rejoindre les prévisions et il pleut doucement. En plus, dans ce coin paumé la radio ne passe pas et Christophe ne connait aucune chanson. La nuit finit par tomber et les phares mal réglés des voitures néozélandaises m’éblouissent. Je dois m’arrêter plusieurs fois pour laisser passer des chauffards qui me collent.
Je hais de plus en plus cette voiture et les automatiques en général. Ce sont des dangers mortels dans les montagnes : elles n’ont pas de frein moteur dans les descentes et n’ont aucune reprise dans les montées. Les freins ne sont pas terribles et il faut freiner constamment pour ne pas se laisser emporter. Dans les montées, elle passe les vitesses tellement basses qu’arrivés en haut, on est passé de 100km/h à 40km/h. Même en écrasant la pédale d’accélération, elle descend à peine une vitesse. En plus, elle consomme énormément, même quand elle affiche le voyant « eco ».
Bref, après 4 heures de rage contre la voiture, nous arrivons au Whangarei Falls Holiday Park. La dame est charmante, chaque fois qu’on lui dit merci, elle répond « you are very welcome ». Comme tout est fermé aujourd’hui et demain, elle est très inquiète qu’on ait rien à manger et nous propose du lait, du thé et des tas d’autres trucs. Nous avons toujours des cajous, des pates et de la sauce, nous sommes prêts à tout.
Par contre, on a plus de cidre et ça, c’est une tragédie. Nous reprenons la voiture en quête de bière, cidre ou n’importe quoi pouvant satisfaire notre alcoolisme. Finalement, nous nous rabattons sur une station service qui n’a que du coca. Le caissier est bien sympa, il nous demande si on est russes, français ou italiens, parce qu’apparemment, on a le même accent. Ah bon.
Un gros plat de pâtes et un coca (light) plus tard, nous nous couchons, bien fatigués par cette journée riche en sensations.
Lundi de Pâques
Aujourd’hui, il bruine mais il fait très bon.
J’ai mal dormi, j’ai rêvé que je fêtais mon anniversaire avec mes parents chez mes grands-parents autour d’une pizza. Du coup, je faisais tout un caprice en jetant des trucs par terre pour qu’on aille au restaurant. Je n’aime pas être nulle en rêve.
Bref, nous empaquetons et nous levons le camp tardivement. Notre seule activité au programme du jour est de visiter les chutes d’eau de Whangarei, qui sont à 2 minutes de voiture du backpacker. Deux minutes plus tard, nous sommes donc au pied de LA chute d’eau, assez ridicule par ailleurs. Nous sommes tout aussi ridicules, abrités sous les capes de pluie que nous avions achetées pour l’Irlande. Les touristes chinois nous regardent en rigolant.


En bas de la chute, un panneau indique une balade de 35 minutes jusqu’à un autre parc où se trouve la fameuse « Canopy Walk ». Selon les guides, c’est une balade aménagée sur des pontons à la cime des kauris. Ca a l’air chouette.
La balade est très sympathique, dans la forêt, le long du cours d’eau de la chute, il bruine doucement, il fait doux et il n’y a pas un chat. De quoi donner des idées coquines mais Christophe est sage. Bref, un pont et deux barrières à moutons enjambées plus tard, nous arrivons à un immense kauri devant lequel passe un ponton en bois. Une flèche indique la Canopy Walk de l’autre côté de la rivière. Nous empruntons donc le ponton sur 50 mètres pour traverser et là, un panneau nous indique la Canopy Walk en sens inverse. Force est de constater que la fameuse Canopy Walk n’est ni une walk, ni à la canopy. C’est nul.
Nous refaisons donc le chemin inverse et rentrons à la voiture. Le guide parle de la marina de Whangarei et vante les yachts qui y sont amarrés.
La marina de Whangarei est, en effet, bien sympathique. Un ponton tout en bois en fait le tour, le tout bordé de cafés et de boutiques. Les bateaux sont jolis et il y en a même deux en provenance de Nouméa battant pavillon français (fierté). Le temps ne s’améliore pas et notre marche dans les bois nous a creusé l’appétit. Christophe veut un burger. Nous trouvons donc un restaurant de la marina proposant des « BlockBurger double steak ». Avec des frites ou une salade ? Question stupide. Les burgers sont fantastiques et il nous faut même enlever un des steaks pour pouvoir l’engouffrer. La graisse nous coule sur les mains pendant qu’on mange le burger sous les yeux effarés des néozélandais. Rien que ça, ça donne un goût unique au burger. A la fin du burger et du deuxième steak, on ne peut plus bouger, c’est merveilleux. Je dois avouer que sur le moment, nous n’avons eu aucune pensée pour tous les gens qui meurent de faim dans le monde.
Avec tout cela, il est midi et demi. Le guide parle de 2h50 pour faire les 160 km qui séparent Whangarei d’Auckland. Cette fois, on ne se fait pas avoir, on reprend directement la route d’Auckland, surtout qu’on doit rendre la voiture à 16h.
La route est chargée mais ce n’est rien en comparaison du bouchon qui nous attend. A peine avons-nous quitté Whangarei et rejoins la nationale à une seule voie que le trafic s’arrête. J’ai déjà été dans des bouchons, mais jamais je n’ai pu entièrement couper le contact pendant 15 minutes sans même avancer de 5 mètres. Evidement, la nationale monte et descend à travers les montagnes et les rares fois où le trafic avance un peu, il faut être debout sur les freins pour ne pas percuter la voiture de devant. En plus, le sport national dans les bouchons semble être de laisser la voiture de devant avancer de 50 mètres avant de bouger sa voiture. Pas étonnant que derrière on reste sans avancer pendant 10 minutes. Ca m’énerve, CA M’ENERVE !! Ca m’énerve tellement que je klaxonne plusieurs fois le gars de devant sous le regard désapprobateur de Christophe.
Au bout d’une heure de bouchons sans avoir bien avancé, la voiture semble se mettre à fumer. Il n’y a aucun espace sur le bord de la route pour s’arrêter. Nous mettons le chauffage à fond et nous ouvrons les fenêtres pour ne pas mourir de chaud. Ca semble calmer la voiture. Quelques minutes plus tard, la circulation reprend et le moteur se rafraichi. Nous avons essayé de couper le contact dans un ralentissement en descente mais nous avons perdu les freins par la même occasion. Mauvaise idée. Dès le bas de la côte, le ralentissement reprend de plus belle et nous sommes de nouveau à l’arrêt.
Soudain, après 2h de bouchons et à peine à 20km au sud de Whangarei, au passage d’une petite ville, le bouchon disparait. Les deux voitures devant nous accélèrent et nous quittons le village à 100km/h. Nous n’avons jamais compris ce qui causait un tel embouteillage. Christophe a une collègue qui dit être restée 5 heures dans ce bouchon. Peut-être qu’un gène marseillais s’est glissé dans le génome néozélandais.
Finalement, nous entrons dans Auckland vers 16h30, par l’énorme motorway du nord. Nous passons au Bungalow de Peter poser les affaires avant d’aller rendre la voiture. L’agence de location a entendu parler du bouchon et ne nous tient pas rigueur de l’heure de retard.
La journée ne s’arrête pas là. Il pleut, je suis fatiguée, mais Christophe insiste pour qu’on fasse quelques courses : de quoi manger ce soir et des céréales pour le matin. Le Foodtown du centre-ville est juste à côté donc nous y allons. Tout Auckland semble avoir eu la même idée, le Foodtown est bondé, il y a 20 mètres de queue à chaque caisse. En voyant ça Christophe se met à bouder et refuse de faire la queue. Nous resortons du Foodtown et décidons d’aller plutôt dans un convenience store.
Au convenience store, nous en avons pour 15$ rien que pour une conserve de soupe et un paquet de céréales. Christophe ronchonne contre le prix scandaleux des produits du convenience. Je l’appelle « Monsieur Grognon », ça le déride et nous rentrons chez nous en bus.
Et voila pour le récit interminable de quatre jours dans le Northland. J’avais prévu d’écrire un article concis, plein d’astuces et de bons plans pour aider des éventuels baroudeurs qui auraient atterri sur notre blog par hasard en tapant « Christophe et Barbara sont très très loin » dans Google. Malheureusement, le naturel est revenu au galop et tout le contenu intéressant s’est retrouvé noyé dans un flot d’anecdotes sans intérêt. J’en suis bien consciente et désolée. Aussi, je vous propose d’adresser vos reproches à mes parents, qui sont finalement les vrais responsables.
Enfin, je vous demande d’applaudir très fort Christophe qui a surement sacrifié toute sa pause déjeuner pour poster ce récit et mettre toutes les photos. Merci.

PS : pour ceux qui auraient vraiment suivi l’histoire avec attention, je vous rassure, nous avons fini par trouver l’ouverture du coffre, en cherchant l’ouverture de la trappe à essence. C’était une poignée sous mon siège. Lorsqu’on la tirait, elle ouvrait le coffre, lorsqu’on la poussait, elle ouvrait la trappe à essence. Toutes mes excuses pour ce suspense insoutenable.

3 commentaires:

  1. Haletant! Auront-ils assez d'argent? Vont-ils trouver un hotel un soir du dernier grand week-end avant l'hiver? La voiture va-t-elle tenir jusqu'au bout? La conductrice va-t-elle tenir? Le passager va-t-il tenir? Arriveront-ils à temps pour rendre la voiture? Comment ont-ils fait pour prendre des stopeurs avec les bagages sur la banquette arrière? Depuis quand les filles puent des pieds?
    Pour toutes les réponses (sauf la dernière),il faut attendre la chute.

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  2. Moi je me régale de vos péripéties et j'en redemande !
    Barbara, tu as vraiment un don de narratrice je te félicite.
    Christophe arrête de bougonner! LOL
    Bonne continuation à tous les 2.

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  3. Heureusement que je lis pas ça au taff, autant en Ecosse je pouvais passer pr une folle à pouffer toute seule dvt mon pc, autant là, je préfère éviter !

    Encore, encore ^^

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