Samedi 2 juillet
Ce soir, nous allons au bal. BECA, la boite mère de celle pour laquelle travaille Christophe, organise un « Masquerade Ball » pour tous ses employés et ceux de Derceto. C’est exactement le genre d’évènement qu’il faut pour m’empêcher de dormir les deux semaines précédentes : qu’est-ce que je vais porter ? Que veux dire Masquerade ? Juste le masque ou un costume complet ? Est-ce que c’est censé être rigolo ou esthétique ? Un masque complet ou juste un loup ? Est-ce qu’on va devoir danser ? Je ne sais pas danser, et si quelqu’un m’invite à danser ? Et des questions plus pratiques : est-ce qu’on aura à manger ou est-ce qu’il y aura juste des petits-fours ? Comment va-t-on s’y rendre ?
Evidemment, à chaque fois que je pose une question à Christophe sur le déroulement de la soirée, il me répond qu’il n’en sait rien. A chaque fois je lui demande, exaspérée, comment il peut ne pas avoir parlé de ça avec ses collègues ? Un bal devrait être le principal sujet de conversation au moins un mois avant la date de l’évènement. Apparemment, ce n’est pas le cas chez les hommes.
Le weekend précédent, nous avons été acheter un masque. Nous avons trouvé une boutique de déguisement et de matériel d’art en tout genre sur Dominion Road, à 10 minutes de chez nous. A peine étions nous entrés que nous tombions sur des collègues de Christophe. Ca me rassure un peu, au moins on est sur la bonne voie. Je déchante un peu quand je vois le collègue en question s’extasier devant un masque de pirate et un chapeau assorti. Huum ce n’est pas ce que j’imaginais. Christophe commence aussi à s’enthousiasmer sur un masque intégral en forme de tigre. Je le menace de ne pas aller au bal s’il porte un truc aussi laid. De manière générale, il n’y a pas un grand choix de masque et ils sont tous assez hideux.
Finalement, nous ne ressortons du magasin qu’en ayant acheté un crayon-fusain pour Christophe.
Heureusement, nous avions repéré un autre magasin de costume en centre-ville donc nous ne sommes pas perdus et nous prenons la route d’Auckland d’un pas assuré.
A peine avons-nous fait 200 mètres que j’avise une petite boutique-bazar tenue par un Chinois de l’autre côté de la rue. Un étale sur le trottoir affiche des boas en plumes bigarrés, il y a fort à parier que nous trouverons des masques dans cette boutique. Effectivement ! Victoire ! Parmi la dizaine de masques, nous trouvons exactement que nous cherchions, ou plutôt ce que JE cherchais. Christophe choisi un masque rouge et or et je trouve un masque argenté muni d’un petit plumeau bleu-canard, comme ma robe ! C’est parfait, pour 4$, nous voilà paré pour le bal. Bon, en fait, il me manque une pochette de soirée et un boléro au cas où il ferait frais.
Le jour J, j’ai trouvé ma pochette pour 9$ au sacro-saint Kmart et un boléro pour 30$ au Farmers, une sorte de BHV-GallerieLafayette. Le ticket du bal indique que des rafraichissements commenceront à être servis à partir de 18h30. Je ne sais pas trop si ça veut dire qu’on doit y être pour 18h30, ce qui est un peu tôt, ou si c’est juste une indication et on peut arriver plus tard. De toute façon, nous rentrons des courses à 17h30 donc on ne sera pas en avance.
Vers 18h30, je suis presque prête (si, si !) et Christophe commence à se changer en costume. Il sort alors son beau pantalon de costume du placard et force est de constater qu’une nouvelle civilisation a commencé à se développer dessus. Le pantalon est presque entièrement recouvert de longs poils et de petits flocons de moisissures. La Nouvelle-Zélande a frappé ! Avec 70% d’humidité les jours secs, impossible d’échapper à la malédiction des moisissures de placard. Le temps de faire un rapide inventaire de ce qui été touché, nous sommes soulagé de voir qu’il n’y a que le pantalon et une paire de mes chaussures qui ont commencés à être colonisés. On réglera ça demain, ce soir, c’est le bal !
Nous nous rendons en centre-ville dans notre rugissante Subaru, qui a encore inventé un nouveau bruit bizarre : maintenant, le volant grince quand on le tourne. Brave bête. Un fois en centre-ville, le défi est de se garer. Nous ne faisons pas dans la fantaisie et nous optons pour le parking du Convention Center dans lequel se déroulera le bal, mais le parking est bondé, nous ne trouvons finalement une place qu’au 5ème étage. Je dois dire qu’il est particulièrement peu pratique de tourner dans un parking avec un break. Vive les Twingo !
Sur les 300 mètres qui nous séparent du centre, nous croisons déjà dans la rue pas mal de gens bien habillés et masqués. Me voilà rassurée, les hommes sont en costume et les femmes ont des robes de soirée élégantes mais pas exubérantes, nous n’auront pas l’air complètement idiot. Dans l’escalier, nous croisons un collègue de Christophe que j’avais déjà rencontré à une beuverie BECA et qui porte un maquillage extraordinaire pour compléter son masque.
Il est 19h00 et nous avons tout juste raté le cocktail de bienvenu, maintenant, les invités entrent dans la salle de bal. Nous les suivons et nous nous retrouvons assez époustouflés devant la salle. Il y a plus de 50 tables d’une dizaine de personnes, joliment décorées de structures en plumes d’autruches et de faisans. Une armée de serveurs masqués s’affairent pour servir à boire et prendre les commandes. Wouhou ! Il y aura bien un diner de servi !
En fait, nous n’avons pas très faim, nous avons profité des courses pour manger un Picnic. C’est une barre chocolatée dont nous avons tellement vu la pub à la télé que nous avons voulu y goûter. Christophe connait la pub par cœur : on y voit un jeune homme avec une barre de Picnic et le narrateur raconte que Tim, va essayer de la manger avant la fin de la pub, mais qu’il y a tellement de noix, de chocolat et de caramel qu’il n’y arrivera pas. Je sais, nous sommes des victimes de la publicité et du capitalisme. Néanmoins, cette pub a eu au moins un effet culturel sur nous puisque nous avons appris une expression « this is no picnic » qui veut dire « ce n’est pas du gâteau » et qui est aussi le slogan de la marque.
Bref, revenons à nos moutons costumés. Après une longue recherche parmi les gens masqués, nous trouvons enfin les deux tables réservées à Derceto et nous prenons places. Pour l’instant il n’y a que 4 personnes à notre table, Christophe à ma gauche et personne à ma droite. Je fais connaissance avec tout le monde et je salue ceux que j’avais rencontrés à la beuverie cocktail BECA. Une serveuse prend nos commandes : en entrée il y a le choix entre magret de canard ou dinde, et en plat principal, il y a le choix entre poulet et filet de bœuf. Le choix n’est pas difficile, j’ai failli m’évanouir de joie en lisant « magret de canard » sur la carte. Bien sûr, le menu fait 15 lignes, juste pour dire « filet de bœuf avec galette de riz et 3 bouts de carottes » mais c’est joli. La serveuse nous encourage à nous servir du vin qui est sur la table ou même à commander une bière ou un jus.
Nous optons pour le vin… J’aimerais bien faire un article sur le vin néozélandais mais comme je n’y connais rien, j’aurais peur de révolter des connaisseurs. Pour moi, le vin se divise en deux catégories : « j’aime » et « je n’aime pas ». Dans tous les cas, il n’y a pas besoin d’être un connaisseur pour trouver une différence énorme entre les vins français et les vins néozélandais et pour l’instant, les vins néozélandais ont récolté plus de « je n’aime pas » que les français. Ce soir, il y a 4 bouteilles sur la table : 2 blancs, 2 rouges. Pensant prendre moins de risque de ne pas aimer avec le blanc, je goute un fond de Sauvignon blanc. Verdict : mouais bof. En Nouvelle-Zélande, le blanc est souvent issu soit de Sauvignon soit de Chardonnay et je ne me souviens jamais de celui que j’aime à peu près et de celui qui est juste dégueulasse. Je tente donc cette fois le Chardonnay et c’est définitivement le Chardonnay qui est dégueulasse. Il doit être coupé à la vodka parce qu’on sent plus l’alcool que le vin. D’ailleurs les vins NZ sont entre 13° et 14°, ça fait sortir les yeux de la tête.
Les blancs n’ayant pas remporté de succès, et vu que nous auront du canard et du bœuf, je décide de gouter aux vins rouge. Le premier, un pinot noir, obtient un « bof bien » alors que l’autre, dont je ne me souviens plus le cépage, m’a demandé tout mon self-control pour ne pas le recracher devant les collègues de Christophe. A ce moment, vous devez me prendre pour une alcoolique mais sachez que je n’ai pas gouté plus d’un micro fond de chaque vin. Malgré cela, j’ai eu bien du mal à avaler le reste du dernier vin gouté.
Le temps de gouter à tous les vins et de grignoter les petites baguettes posées sur la table, la table se remplie et à ma grande horreur, c’est Simon, le mégaboss de Christophe qui se retrouve à ma droite. Si je suis horrifiée, c’est parce que Christophe m’a décrit son boss en long et en large et ce que j’en ai retenu c’est que Simon parle sans articuler et que je ne vais probablement rien comprendre de ce qu’il va me dire. De plus, Simon s’est donné pour quête de me trouver un travail et harcèle régulièrement ses collaborateurs pour me placer, à mon plus grand embarras.
Finalement, Christophe a encore surement tout exagéré avec son naturel marseillais, puisque je comprends parfaitement Simon. Nous parlons de ma recherche d’emploi, de la météo et de sa maison en France qu’il vient d’acheter et qui a le chauffage central. Il a même pris une photo de la chaudière. Pauvres néozélandais.
Le repas est servi rapidement. L’entrée est excellente même si le canard à un petit goût de « trop peu ». Comme dans les grands restaurants, nous avons des immenses assiettes avec trois bidules dedans joliment agencés mais pas très nourrissants. Le plat principal est plus copieux. Comme d’habitude, le filet de bœuf n’est absolument pas un filet comme on l’entend en France et il est surcuit mais le bœuf néozélandais a un don pour être fondant et délicieux, même trop cuit.
Le dessert est servi en buffet à l’extérieur. Il y a une tour de macarons, j’aime pas les macarons, des petits godets de jelly à la violette, eurk, du cheesecake au citron et … une fontaine de chocolat blanc avec une montagne de FRAISES ! DES FRAISES ! DES FRAISES ! Nous recouvrons notre micro-assiette à dessert de fraises (et de chocolat) et nous retournons nous asseoir, des étoiles dans les yeux. En fait, Christophe a aussi recouvert son assiette de macaron et de cheesecake. Nous nous délectons en nous moquant ouvertement de ceux qui ont choisi un godet de Jelly, même les kiwis n’ont pas l’air convaincu.
Après le dessert, une brève parade permet à un jury d’élire les plus beaux masques féminins et masculins et le bal commence. Contrairement à ce que je craignais, il n’y a point de valse, de tango ou de java à danser. Il y a un groupe avec une chanteuse qui joue des morceaux plutôt rock et les gens se trémoussent sur le dance-floor. Il faut dire que la moyenne d’âge de BECA semble être autour des 30 ans.
Le collègue de Christophe au maquillage extravagant est sérieusement courtisé par une dame mais ne semble pas trop s’en rendre compte. Christophe et moi nous échangeons des regards entendus mais vu le manque d’intérêt du collègue, il y a peu de chance que la dame rentre accompagnée. Un peu plus loin, un autre employé de BECA est survolté et danse avec sa partenaire en prenant grand soin de la peloter ostensiblement et en faisant de grand mouvement de va-et-vient avec son bassin. De toute évidence, le vin néozélandais n’est pas boudé par tout le monde.
L’avantage de commencer les festivités à 18h30, c’est qu’à 21h00 tout le monde est sur la piste de danse. Par contre, à minuit il n’y a plus que les fêtards. Nous quittons le bal peu après minuit, les pieds bien douloureux d’avoir tant dansé.
Après avoir passé un bon moment à descendre tous les étages du parking avec notre monstre, nous rentrons nous coucher, bien contents de notre soirée. Cette nuit, nous ajoutons un plus considérable à notre confort : nous allons laisser le chauffage pendant la nuit. Nous avons acheté une rallonge qui nous permet de placer le radiateur sous la fenêtre, comme dans les conseils d’isolation et de chauffage que nous avons lu.
Comme j’écris ce message le lundi suivant le bal et que notre fournisseur d’électricité nous permet de suivre notre consommation au jour près, je peux dire que notre nouveau confort a fait passer notre consommation quotidienne de 10KWh à 15KWh mais que ça en vaut largement le coup et le coût.
Vous êtes vraiment très beaux! tu n'as pas une photo en pied? on voit mal la robe...
RépondreSupprimerC'était presque le mariage monégasque...mais je crois qu'il faisait plus chaud là-bas !
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