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samedi 29 octobre 2011

3 jours dans le Coromandel


Vendredi 21 octobre

Lundi c’est la fête du travail australienne et néozélandaise donc nous avons un magnifique weekend de trois jours qui s’étend devant nous. En fait, on ne sait pas si c’est vraiment lundi puisqu’ici, les jours fériés qui tombent le weekend sont reportés à la semaine. Du coup, le 1er mai peut bien être un dimanche, ici, on s’en tape de kiwi.

Au boulot, les patrons ont eu le malheur de quitter la boite vers 15h. A 15h30, heure de la « siesta », Rolla débarque avec un énorme spongecake (un gâteau pas mauvais) et un pack de 30 Speiths, la bière locale. « One for the road » comme disent mes collègues. Nous passons donc une petite heure à siroter une bière au soleil en jouant aux fléchettes. Au passage, je constate que mon collègue iranien que les autres appellent « terrorist », n’est pas si terroriste que ça au vu du nombre de bières qu’il descend.

Pour ce weekend de début de printemps et malgré la finale de la RWC11, nous avons décidé de quitter Auckland et aller visiter la péninsule de Coromandel, à l’est d’Auckland. Nous sommes beaux, grands, forts, motivés, demain, nous partons à 9 heures tapantes !

Samedi 22 octobre

C’est ainsi que le samedi matin, nous partons vers 10h. Nous avions prévu de faire de tour de la péninsule dans le sens des aiguilles d’une montre en faisant moult randonnées et visites de musées mais le patron de Christophe lui a concocté tout un itinéraire à suivre. Comme on n’est jamais mieux conseillé que par les locaux (particulièrement en Croatie), nous décidons de suivre ses conseils et nous mettons le cap vers Whangamata.

Contrairement à ce que je craignais, la route n’est pas très chargée et nous arrivons à Whangamata en un peu moins de 2 heures de routes. La ville et sa plage ne cassent pas 3 pattes à un canard, le ciel est couvert et il ne fait pas très chaud. Nous passons rapidement à l’office de tourisme pour chercher une balade à faire dans le coin. Nous optons pour une randonnée qui devrait nous amener voir une cascade dans la forêt.  
Comme d’habitude, en dehors des grands axes, la route n’est pas goudronnée bien longtemps et il nous faut même traverser un cours d’eau à gué. Finalement, nous arrivons au départ de la balade. 

La balade en question est épuisante mais longe un joli cours d’eau et serpente dans la forêt. Au bout d’une heure de montée, hors d’haleine, je fais une pause pour récupérer en boire un coup. « Elle est horrible cette rando, elle est encore loin la cascade ? ». La cascade était derrière le tournant suivant.

La cascade est assez impressionnante, elle se compose en fait de deux cascades l’une sur l’autre, avec un petit bassin entre les deux. Le résultat est une chute d’eau d’environ 30 mètres. Nous en profitions pour déjeuner de croque-monsieurs et de tomates cerise, c’est bon le luxe.

Le temps de rentrer à la voiture, il est déjà 15h. Nous reprenons la route vers le nord pour aller voir la fameuse plage d’Opoutere dont tous les guides parlent. Opoutere n’est guère plus qu’un hameau avec un camping mais sa plage est à couper le souffle. Pour y accéder, il faut marcher une dizaine de minutes dans la pinède, on se croirait dans les Landes. Le soleil commence à sortir des nuages, on a rapidement chaud sur la plage. Christophe entreprend de ramasser tous coquillages qu’il trouve joli et de me les offrir. Chouette. 

Après s’être baladé le long de la plage, nous rentrons à la voiture et nous continuons vers le nord pour rejoindre Whitianga, où nous espérons trouver un logement pour la nuit. Le guide parle d’un Holiday Park avec spa, je suis accro au spa ! Il y a bien de la place mais c’est 65$ la nuit, plus 5$ pour les draps et encore 5$ par personne et par demi-heure pour le spa. Au diable l’avarice, nous nous payons tout ça.
Huuuum que c’est bon le spa ! Toutes mes tensions de la route fondent en même temps que moi dans le bain. J’avais commencé à râler (ah vraiment ?) en voyant qu’on n’aurait qu’une demi-heure de trempette mais au bout de 10 minutes, on commençait déjà à cuire. Il nous a fallu toute notre volonté pour rester dans le bain pendant 30 minutes. 

Avec tout ça, il est l’heure de se faire à manger. Or, dans la cuisine du camping, impossible de trouver une casserole ou un quelconque récipient pour faire cuire nos spaghettis. « On va au resto ? »

Le guide parle d’un très bon restaurant indien : le Sangam. Je choisis le fameux Butter Chicken, plat indien que tous les kiwis mangent, et Christophe prend un Fish Massala. Ensuite il nous faut choisir le degré de piment : mild, medium, kiwi spicy ou indian spicy. Le « indian spicy » a l’air effrayant. J’opte prudemment pour le mild et Christophe pour le medium. On rajoute à cela un nam aïl-fromage et un accompagnement qui ressemble à du tzatziki. S’en suit une loooongue attente. Le serveur nous explique que le Fish Massala va encore prendre une dizaine de minute pour être prêt est nous offre des petites galettes craquantes pour patienter. 

Lorsqu’enfin nous sommes servis, nous oublions immédiatement toute velléité et nous fondons de plaisir. C’est absolument délicieux ! Malgré la faim et la saveur des plats, j’ai bien du mal à finir ma portion et je n’ai même pas touché au nam. Heureusement, je peux toujours compter sur Christophe pour ne pas laisser de restes, que ce soit dans son assiette ou dans la mienne. En y repensant, j’aurais pu demander un « doggy-bag », ça se fait beaucoup ici. 

Alors que nous nous trainons difficilement sur le chemin du retour, nous croisons un énergumène passablement alcoolisé qui nous voit et s’écrit « GO FRAAAANCE !!». Comment cet homme a-t-il su qu’on était français ?

Dimanche  23 octobre

Aujourd’hui, nous avons prévu d’aller voir Hot Water Beach. C’est une plage sous laquelle coule une source chaude. Il suffit donc de s’armer d’une pelle et, dès que la marée est assez basse, creuser un trou qui se remplit d’eau chaude pour y trempouiller en regardant l’océan. Nous nous sommes renseignés sur l’horaire de la marée, il nous faut y être entre 10h et midi pour ne pas rater le bon créneau. 

Lorsque nous arrivons à la plage en question, il nous suffit de suivre l’armée de kiwis brandissant une pelle pour trouver le bon coin. Il faut savoir que la source ne coule que sous une petite section de la plage et si vous avez le malheur de creuser trop à l’extérieur, vous aurez une piscine d’eau glacée. En toute logique, nous trouvons un micro morceau de plage où sont agglutinées 200 personnes et qui ne ressemble plus à rien tellement il a été creusé. 


Comme il est un peu tard et que la marée ne va pas tarder à remonter, plusieurs familles sont déjà reparties, laissant leur bassin libre mais rien n’y fait, Christophe a apporté sa pelle, il veut creuser. Je ne l’ai pas encore dit mais Hot Water Beach devrait s’appeler Very Very Hot Water Beach, l’eau sort à 70°C, ce n’est pas très confortable. J’attends donc patiemment sur la plage que mon mâle ait fini de construire le nid. Il a trouvé un endroit un peu de dehors de la source et nous faisons rentrer l’eau chaude depuis une bassine voisine, tout en la mélangeant avec l’eau fraiche qui est sous notre sable. Le résultat est parfait. Le soleil est sorti et cogne de toutes ses forces, l’eau chaude n’est donc pas toujours confortable et nous faisons de rapides aller-retour dans la mer pour nous raffraichir.

La trempette ne dure pas bien longtemps, la marée n’était pas très forte et remonte vite. Avec elle, elle emporte toutes les constructions durement creusées et bâties…jusqu’à la prochaine marée basse.

Après cette courte formation dans le BTP, nous prenons la route de Hahei, à quelques kilomètres de là. La deuxième activité prévue de la journée est la visite de la très célèbre Cathedrale Cove. Pour ceux qui ont un minimum de culture cinématographique, il s’agit de la falaise et de la plage que l’on voit au début du Monde de Narnia et le Prince Caspian. Incultes. 

Depuis que nous sommes en Nouvelle-Zélande, j’ai une idée fixe : je veux faire du kayak de mer. Je sais, j’ai peur de l’eau, et particulièrement de la mer mais quitte à avoir des peurs stupides, autant avoir des idées stupides pour aller avec. Bref, nous avisons l’unique boutique de location de kayak de Hahei et nous réservons un tour à Cathedrale Cove pour l’après-midi. C’est plus facile à dire qu’à faire puisqu’on doit réserver par téléphone et que Christophe m’oblige à le faire. Le résultat est donc un approximatif « Euuuuh I would like euuuuh to book a tour euuuh for two person ». Le gars me répond en kiwi à toute allure mais je comprends quand même « 14h » et « credit card ». Tout va bien. 

En attendant 14h, nous piqueniquons sur la plage de Hahei, harcelés par une quinzaine de mouettes. A 14h, nous rejoignons 3 autres couples ainsi qu’un homme grand, beau, jeune, merveilleusement musclé, blond aux yeux bleus qui sera notre guide. Je n’ai plus peur de l’eau. Après nous avoir expliqué les bases de la navigation en kayak, nous voila propulsés dans l’océan. C’est Christophe qui manœuvre le gouvernail de notre double-kayak et force est de constater qu’il n’est pas plus doué en kayak qu’en voiture. Pardon poussin. 

Nous longeons la côté et nous visitons plusieurs baies. De temps à autre, le guide nous demande de nous regrouper pour former un radeau pendant qu’il nous raconte l’histoire de la baie et de la réserve naturelle. 
Son accent n’est pas facile à suivre et alors que nous entrons dans une petite crique, il nous dit quelque chose que nous ne comprenons pas mais tous nos camarades se penchent sur leur kayak et scrutent le fond de l’eau. Christophe pense avoir compris qu’il parlait de méduses. Soudain une grande forme sombre et triangulaire passe près de nous en semblant voler sous l’eau : une raie ! J’en suis euphorique dans mon kayak, on a vu une vraie raie dans son milieu naturel ! Bon après, le guide nous raconte que selon les saisons, on croise plutôt des dauphins ou des orques. Il ne faut pas tomber au  mauvais moment. 

Après plus d’une heure à pagayer, nous arrivons enfin à la fameuse Cathédrale Cove. Je suis un peu déçue, ce n’est pas aussi impressionnant que ce que les photos montraient. Le guide nous propose alors une collation avec une offre de boisson chaude digne d’un café. Pendant que nous visitons la plage et sa Cove, le guide nous prépare donc le gouter et nous reprenons des forces. Nous discutons avec un couple d’australien dont la femme voudrait enseigner l’anglais en France. Nous subissons aussi immanquablement des petites boutades sur le match de finale du soir. 

Comme dans le film !
Nous repartons, et à mon grand regret, nous ne reprenons pas la route du retour. Nous traversons d’abord une grande étendue de mer pour atteindre des îles au large. Nous en faisons le tour et en revenant, le guide nous dit que dans la mythologie maorie, l’une des îles à la forme d’une partie de l’anatomie humaine et qu’il faut deviner laquelle. Connaissant les hommes, dans ce genre de situation, il s’agit soit d’un pénis soit d’une paire de seins. Alors que nous nous éloignons de l’île pour la voir de loin, je dis à Christophe « on dirait une femme allongée sur le dos avec les cuisses ouvertes ». Il est assez d’accord. En fait, c’était un nez avec deux grandes narines. Perdu. Ou alors, le guide ne comprend pas bien le maori.

Lorsque nous rentrons enfin à bon port, il est déjà 17h et nous devons être à Coromandel Town et y trouver un logement avant le match de la finale. Sur la carte routière, la nationale fait un immense tour tout au nord de la péninsule avant de redescendre de l’autre côté vers Coromandel Town. Par contre, il y a une petite route qui semble traverser la péninsule sans faire le détour. Nous avons un moment de doute en ne voyant pas la route sur notre guide. « Il l’ont peut-être oubliée ». Hélas, trois fois hélas, nous savions pourtant que les routes néozélandaises étaient une catastrophe. A peine nous étions nous engagés sur le fameux raccourci que le goudron disparaissait pour être remplacé par une étroite piste en terre. Pendant plus d’une heure nous gravissons une colline dans la terre avant de redescendre de l’autre côté. Finalement, nous rejoignons Coromandel Town dans le même temps qu’il nous aurait fallu en prenant la nationale qui fait le tour. La voiture n’est plus qu’un tas de poussière mais elle a tenu le coup. 

A Coromandel Town, nous trouvons un adorable backpacker, le Tui Lodge, tenu par un couple de retraités. Nous prenons une bonne douche et mangeons enfin nos spaghettis avant de prendre le chemin de l’unique pub de Coromandel Town. 

J’ai bien pensé à apporter mes écharpes de supporter et il y a un moment de silence lorsque nous entrons dans le pub, nous sommes repérés. J’avise deux places à une table de kiwis qui nous laissent aimablement nous asseoir avec eux. Apparemment ce sont les deux plus mauvais néozélandais du pays puisqu’ils ne connaissent rien au rugby. Ils ne comprennent pas pourquoi la France est encore dans la course alors qu’elle a déjà été battue par les All Blacks. 

Le match est fantastique et les kiwis tremblent pendant tout le jeu. A chaque fois qu’on se prend un point, tous nos voisins se tournent vers nous pour observer nos réactions. Lorsque le match se termine par notre défaite, nous reprenons la route du backpacker. Christophe est passablement saoul et très agaçant, il veut absolument me piquer la lampe de poche, et quand je finis par la lui donner, il éclaire tout sauf le chemin.

Lundi 24 octobre

Aujourd’hui, nous avons prévu de faire du cheval. C’est ma deuxième idée fixe depuis que nous sommes en Nouvelle-Zélande : faire une randonnée équestre. C’est encore moi qui ai réservé mais cette fois-ci j’ai été bien plus douée que pour le kayak. Comme nous n’avons rendez-vous qu’à midi, nous prenons tranquillement le déjeuner sur la terrasse puis nous empruntons des vélos à l’auberge pour faire un tour de la baie de Coromandel. 

Alors que nous comptons prendre la route de Colville pour la randonnée, la voiture semble nous en vouloir d’avoir pris le raccourci hier, impossible de la démarrer. Comme je commence à bien la connaitre, je sais qu’il faut attendre quelques minutes avant de réessayer et là, ça marche.

A midi, nous sommes à Colville, prêts pour la randonnée. Notre guide est une jeune femme accompagnée de sa fille. Elle donne à Christophe un grand cheval baie particulièrement fainéant tandis que j’obtiens un cheval alezan. La guide me prévient que le mien est assez têtu et qu’il faut savoir être « bossy » avec lui. Je lui réponds que ça ne devrait pas être un problème et elle me fait un grand sourire, on se comprend.
Christophe n’est jamais monté à cheval et celui-ci sent rapidement qu’il a affaire à un cavalier bien trop gentil, qu’il pourra balader à sa guise. C’est donc avec une mauvaise volonté manifeste que son cheval suit le plus lentement possible les autres. Il semble aussi que tous nos chevaux ont peur du sien, ce qui leur fait parfois faire des brutaux écarts quand il s’approche un peu trop. 

La balade a lieu dans les collines et les pâturages du nord de Coromandel, c’est magnifique. Ds que nous sommes dans un pré, la guide nous propose de trotter voir galoper un peu, au grand dam de Christophe qui se fait balader comme un sac de pommes de terre. A la fin des deux heures de balade, nous avons bien du mal à tenir sur nos jambes et nos fesses sont particulièrement douloureuses. 

Il nous à présent reprendre la route d’Auckland. Nous arrivons vers 19h, fourbus mais ravis de ce weekend. Encore une étape à ajouter sur le programme des futurs visiteurs.
Hors sujet : voici le Lady Barbara en fleur
 

jeudi 9 juin 2011

Le Queen’s birthday à Taupo


Samedi 4 juin

A l’occasion de l’anniversaire de la reine d’Angleterre, le lundi 6 juin est férié. Il parait que ce n’est pas du tout l’anniversaire de la reine et que chaque pays du Common Wealth a un jour différent pour son anniversaire mais un jour férié, ça ne se discute pas.

Nous avons donc décidé de passé les 3 jours au lac Taupo, au centre de l’île du nord. La météo a l’air prometteuse : petites pluies le samedi et le dimanche et grosses pluies le lundi. J’ai déjà abordé le problème des talents des météorologues néozélandais donc je ne reviendrai pas là-dessus. Toujours est-il que quand ils prévoient de la pluie, ils ont beaucoup moins de chance de se tromper que lorsqu’ils annoncent du beau temps. 

Taupo est à 300 mètres d’altitude (tout ça !) et ne se situe pas au bord de la mer, ce qui est remarquable en Nouvelle-Zélande. Conséquence : il fait froid, surtout en hiver. Je rappelle à l’aimable assistance que pendant que celle-ci planifie son prochain barbecue, ici, on se caille les miches et le reste. Donc, nous empaquetons les capes de pluies qui ont déjà fait leurs preuves en Irlande, les blousons de ski récemment arrivés par la poste, des écharpes, des pulls, des T-shirt à manches longues, le pique-nique et des canettes de cidre anglais pour l’apéro (astuce de survie n°1). 

Ici, j’en profite pour faire une petite parenthèse culturelle : l’apéro n’est pas seulement indispensable pour son aspect nutritionnel. C’est le drapeau de ralliement des français en voyage. Vers 18h00, à l’heure où tous les habitants de pays sous-développés (anglais, allemands, hollandais, chinois) ont fini de diner, les français sortent les cajous et les bières pour le tout début de la soirée. En bref, en Nouvelle-Zélande, quelqu’un qui n’a pas mangé à 18h a toutes les chances d’être quelqu’un de bien, un français par exemple. Note : les espagnols et les portugais sont des gens biens mais on en croise très peu ici.

Revenons à nos kiwis. Une fois nos bagages faits, nous embarquons dans… notre voiture !!! Et oui, depuis jeudi, nous sommes les heureux (mais pas pour longtemps) propriétaires d’un break 4x4 Subaru Legacy. Elle date de 1992, elle a 220.000 km au compteur mais elle roule. Nous l’avons achetée 1083€ (avec le taux de change) à un couple de français qui finissaient leur périple autour de la NZ. Je ferai un article spécial sur la voiture, les procédures et le code de la route un peu plus tard. 

Nous faisons le plein avant de partir. En Nouvelle-Zélande, les stations essence ne prennent pas de risque, il faut payer avant de se servir. Christophe est sûr d’avoir lu que le réservoir faisait 60L. A 2$ le litre et avec une marge de sécurité car la voiture n’est pas complètement vide, nous décidons de mettre 100$ d’essence. Evidemment, il ne manque que 45L, soit 90$ et nous perdons donc 10$.

Un poil avant 10h, après avoir essayé de prendre deux fois l’autoroute à contre-sens, nous trouvons enfin la route de Taupo, et  c’est parti pour 4h de trajet ! Il fait gris, il bruine de temps en temps, les essuie-glaces ne sont pas fantastiques mais suffisants. La route est une 2x3 voies jusqu’à la sortie d’Auckland puis se transforme en une seule voie dans chaque sens. Les néozélandais conduisent 5 ou 10 km/h en dessous de la limite, c’est très agaçant pour une parisienne. 

Sur le chemin, un peu avant d’entrer dans une ville, un panneau « Lookout » surgit devant nous. Grâce à mes réflexes aiguisés, nous nous engageons à temps sur le chemin du Lookout. Je crois que je n’ai jamais vu un panorama plus moche que celui-là. On a juste une vue sur le quartier industriel de la ville et rien de plus. L’autre côté de la vallée aurait pu être intéressant si il n’avait pas été complètement caché par deux énormes réservoirs d’eau en béton. Nous ne sommes pas sûrs mais nous pensons à un gag. Un type avec une caméra doit compter le nombre de touristes qui montent voir le lookout et doit bien rigoler. Lorsque nous repartons en sens inverse, nous rigolons aussi de voir d’autres touristes monter tomber dans le piège.

Enfin, après les quatre heures de route, nous arrivons à Taupo ! La voiture se met à faire un drôle de bruit et à secouer. « Je crois qu’on a crevé » dit Christophe. Je me gare immédiatement en priant pour que ce soit juste un bruit bizarre de plus dans la voiture, mais il faut se rendre à l’évidence : le pneu arrière gauche est entièrement déchiré sur le côté. 

Comment change-t-on une roue ? Bonne question, aucun de nous deux n’a jamais eu à le faire. Heureusement, nous sommes de super ingénieurs en informatique et automatique, ce qui ne sert en fait à rien. Première déduction : on va avoir besoin d’une roue de secours.  On en a une ! Deuxième déduction : il faudrait enlever la roue crevée. Il faut donc soulever la voiture. Le cric doit surement servir à ça. Où place-t-on le cric ? Des dessins sur le cric avec des écritures en japonais nous donnent un premier indice. Par contre, on n’a pas la manivelle pour le cric. Nous utilisons donc la clé pour les écrous de la roue, qui n’en sortira pas indemne. Une fois la voiture levée, nous enlevons les écrous et là, c’est le drame : comment enlève-t-on la roue maintenant ? On tire dessus, rien ne bouge. Je tente d’enlever le frein à main en pensant qu’il bloque la roue mais rien ne change. Entre temps, j’ai été à l’office de tourisme pour demander l’adresse d’un garage puisqu’on ne peut pas rentrer à Auckland avec la galette, même si on arrivait à la mettre. 

De retour de l’office de tourisme et après avoir secoué la voiture comme un prunier sans succès, je pars à la recherche du garage qu’on m’a indiqué. Bien avant, je tombe sur un magasin de pièces détachées ouvert (miracle). Je prends mon air le plus désespéré possible et j’entreprends d’expliquer à un vendeur souriant que j’ai crevé, que j’ai soulevé la voiture et enlevé les écrous (« nuts » en anglais, ça peut servir) mais que je ne sais pas quoi faire ensuite. La stratégie de la demoiselle en détresse marche à merveille, le vendeur m’explique qu’il faut donner des coups de pied dans la roue car elle doit être grippée. Puis me voyant seule et surement pas de taille à faire sauter une roue à coups de pied, il appelle un de ses copains pour m’aider. Le copain en question me ramène à notre voiture où Christophe et un autre kiwi venu à la rescousse sont déjà en train de tataner la voiture. Malgré leurs efforts à tous les trois, rien n’y fait. « We need a hamer » conclu mon chevalier, et va chercher une masse dans la station service voisine. Cette fois, nous sommes victorieux : un grand coup par derrière, et la roue tombe au sol dans un grand nuage de poussière et de rouille.

Après cela, monter la galette, remettre les écrous (nuts, hein, n’oubliez pas) et descendre la voiture n’est qu’une formalité. D’ailleurs, on a retrouvé la manivelle du cric. Mais l’aventure ne s’arrête pas là, on ne peut pas rester comme ça, et encore moins rentrer à Auckland. Bien sûr, c’est l’anniversaire de la Reine, il est 15h, aucun garage ne sera ouvert avant mardi. Mon chevalier pense néanmoins connaître un garage qui sera ouvert et nous guide en voiture. Miracle ! Le garage semble ouvert ! Nous disons au revoir à notre super kiwi et nous entrons dans le garage. En fait, le garage est fermé. Le garagiste est juste en train de bidouiller sa voiture et à ouvert la porte pour avoir de la lumière. 

Qui ne tente rien n’a rien, je reprends mon air désespéré et Christophe n’a même pas besoin de faire semblant. Le garagiste voit la voiture pas toute jeune et notre air de touristes en vadrouille et prend pitié de nous. Une demi heure plus tard, nous avons fait changer les deux pneus arrières et nous repartons, appauvris de 290$ mais avec une voiture.

Il est 16h, trop tard pour faire une rando et nous n’avons toujours pas mangé. Nous posons la voiture au backpacker et nous partons sous la bruine et le vent pique-niquer au bord du lac. Le coin à l’air bien connu des mouettes, moineaux et canards. En dix minutes, nous sommes encerclés de volatiles peu farouches qui en veulent à notre repas. Je donne des petits morceaux de pain à la canne et file des coups de pied au canard qui essaye de la mordre. 

Après cela, nous partons marcher le long du lac. On n’y voit pas à 20 mètres donc la vue n’est pas fantastique. Il parait que par beau temps (surement une légende locale), on peut voir la chaine de montagne de l’autre côté du lac, et notamment le Mt Ruapehu dont la dernière éruption date de 1995. 

Nous touchons l’eau qui n’est pas particulièrement froide, et pour cause : quelques centaines de mètres plus loin, une source chaude se déverse dedans. Des gamins sont d’ailleurs en train de se creuser une piscine dans le sable. 

Quand la nuit tombe, nous faisons demi tour et nous rentrons jusqu’à l’auberge. Mon mal de genou est déjà de retour, le weekend ne va décidemment pas être idyllique. 

Loin de se laisser abattre, nous nous consolons dans le sauna de l’auberge pendant un bon quart d’heure. Comme il est agréable de ne pas avoir froid pendant un instant ! 

Ce n’est pas le tout, mais c’est l’heure de l’apéro. Nous sortons nos canettes de cidre et les cajous et nous nous installons dans un canapé. Je jette un coup d’œil à mon voisin de canapé qui lit « le guide des frogs en NZ » et c’est parti pour la traditionnelle discussion entre français ! Notre nouvel ami, Alexis, est un sympathique Montpelliérain (j’ai cherché sur Google) et il fait le tour de la NZ en Subaru Legacy mais la sienne est de 96. Il faut dire que sur les dix voitures garées sur le parking, il y a déjà cinq Legacy comme la notre. Bref, nous parlons de nos différents voyages, de nos visions du pays et de ses étranges habitants, de nourriture française bien sûr, de politique, etc.

Quand les autres étrangers ont déserté la cuisine, c’est qu’il est une heure décente pour préparer notre invariable plat de spaghetti-sauce tomate. Alexis a l’air d’avoir développé une allergie aux allemands pendant son séjour, on rigole bien. Vers 23h, on ne tient plus debout et Alexis prévoit de se lever tôt pour regarder Toulouse-Montpellier en direct sur son PC.

Dimanche 5 juin : la complainte de Barbara

Lever 8h30. Dans le salon, Alexis est désespéré : Toulouse a gagné 15 à 10.  

Notre programme du jour consiste à aller voir les Huka Falls (la chute d’eau de Huka) puis aller visiter le parc thermal de Wai-o-Tapu en fin d’après-midi. Le ciel est couvert mais il ne pleut pas. Le vent est complètement tombé donc la température ressentie est très douce. Nous avons un plan assez détaillé de Taupo mais impossible de trouver le départ de la balade piétonne vers les Huka Falls. Finalement, nous suivons la route jusqu’à ce que le chemin la rejoigne au niveau du Bungy Jump. Le bungy jump c’est du saut à l’élastique avec une variation amusante appelée le Booby Prize (la récompense des seins) : lorsqu’une demoiselle saute au dessus de la rivière, l’élastique se détend juste suffisamment pour que l’aventurière se retrouve plongée dans l’eau jusqu’à la poitrine, ce qui a pour effet de retirer son t-shirt lors de la remontée. Les néozélandais… 

Enfin, nous rejoignons le chemin. La première étape est la source d’eau chaude du Spa Thermal Park.
 C’est une petite cascade d’où l’eau sort à plus de 40°C et fait des petits bassins avant de rejoindre la rivière Waikato.

Il y a deux familles de kiwis et une famille de français. Nous abandonnons nos vêtements et nous entrons douuuuuucement dans un des bassins. L’eau est vraiment très chaude, il faut un bon moment pour s’y habituer. Une fois dedans, c’est le bonheur ! Il y a juste assez d’eau pour s’asseoir, étendre les jambes et laisser l’eau chaude couler autour de soi. Nous faisons la connaissance d’un papa kiwi et son fils, très sympas. Ils gardent gentiment nos affaires pendant que nous allons faire un tour dans le bassin du dessous, où l’eau chaude rencontre l’eau froide de la rivière. Le contraste est saisissant mais pas désagréable. Les 40 premiers centimètres sous la surface sont chauds comme la source, et en dessous, la rivière doit être à 15°C, ça rafraichit. Nous retournons encore quelques minutes dans le bassin chaud avant de sortir. L’eau chaude a rendu notre peau bien rouge et on peut voir la limite de l’eau là où notre corps passe du blanc au rouge écrevisse.
Ce n’est pas le tout, mais nous sommes toujours à 50 minutes de notre chute d’eau ! Nous repartons sur le chemin, les jambes un peu en coton. Le chemin suit la rivière Waikato mais prend quand même soin de monter et descendre horriblement. Ma douleur au genou s’est réveillée, rendant les montées difficiles et les descentes un vrai cauchemar. Si c’est de l’arthrose, je suis mal barrée. Ou alors c’est le tétanos ou la rubéole. La dernière fois qu’on a été au cinéma, on a appris que 3 gamins avaient attrapé la rubéole (measles en anglais)  en allant voir le même film que nous dans notre cinéma.  

Bref, 50 minutes pas très agréables plus tard, nous voilà enfin récompensés de nos efforts : nous entendons la Huka Falls ! Et peu après, nous débouchons sur le pont menant au parking du site, c’est chouette. La rivière Waikato est complètement translucide, on voit le fond jusqu’au milieu de la rivière, c’est magnifique. Si la rivière est magnifique, je ne sais pas quoi dire de la chute d’eau. La Nouvelle-Zélande ne fait rien comme tout le monde : quand il y a une chute d’eau, il faut qu’elle soit d’un bleu surnaturel. 


Le débit est de 200 000 litres par seconde, nous raconte un panneau, ce qui fait que les poissons comme la truite et l’anguille ne peuvent pas la remonter. Le lac Taupo étant en amont de la cascade, il n’y a pas d’anguille dans le lac. Et les truites ? Bah elles ont été introduites par l’homme. Pas con. 

Pendant que nous marchions, le ciel s’est dégagé peu à peu et il fait maintenant un beau soleil. Sous les yeux ébahis des autres touristes, nous sortons nos capes de pluie que nous étendons sur l’herbe pour pique-niquer.
Après le repas, nous restons encore quelques minutes hypnotisés par la rivière avant de repartir en sens inverse. Mon genou me fait de plus en plus mal (j’avais prévenu que je me plaindrais dans cet article) et il faut encore parcourir plein de montées et de descentes. De retour au backpacker, en plus du genou, j’ai deux énormes ampoules sous le quatrième orteil de chaque pied, qui m’empêchent de marcher. Qu’est ce que je suis mal fichue.

Le temps de poser les restes du pique-nique et nous prenons la voiture pour le Wai-o-Tapu parc à 50km de Taupo, sur la route de Rotorua. Nous arrivons au parc vers 15h, ce qui nous laisse juste 2 heures de visite avant la fermeture. Malgré mes ampoules, Christophe nous lance à marche forcée sur le chemin. Avant même de voir, le parc, on peut déjà le sentir. Toute la région est en intense activité géothermale, ce qui ne va pas sans certaines émanations soufrées absolument irrespirables. En un mot : qu’est ce que ça chlingue ! 

L’entrée du parc n’est pas donnée, 32$ par personne, mais elle les vaut amplement. C’est parti pour un petit tour du paysage de Wai-o-Tapu. Pour vous mettre dans l’ambiance, je propose que vous laissiez pourrir un œuf et que vous l’éclatiez sur votre tête pendant que vous lisez les prochaines lignes.
La visite commence par la maison du diable, un trou couvert de poudre jaune : du soufre vous l’aurez compris. 

Ensuite on a une meilleure vue sur la plaine et son paysage lunaire. Ca fume de partout et ça pue. Bizarrement, rien ne pousse au milieu. J’ai une pensée compatissante pour les premiers colons qui ont dû tomber sur cette vallée pendant leur expédition. Il y a vraiment de quoi croire au Diable.

Ensuite, il y a les Devil ink pots (dans le parc tout s’appelle « bidule du diable » mais je vous ai déjà parlé de l’imagination sans fin des néozélandais), des bassins de boue et de pétrole bouillonnants tranquillement à plus de 100°C.   

Plusieurs mares de liquide et de bubulles plus loin,  on arrive à une grande étendue de toutes les couleurs. C’est « la palette de l’artiste ». Le jaune c’est du souffre, le rouge c’est de l’antimoine, le gris c’est du carbone et le blanc c’est de la silice. 

Ensuite on traverse un petit ponton pas bien large et les vapeurs autour ne donnent pas envie de mettre un pied à côté.
Plus loin, il y a la piscine de l’huitre, toujours pleine de soufre puant et bouillonnant. 

Et encore plein de « mares dégueulasses » comme Christophe les appelle. 

Puis un grand lac d’eau soufrée, ce qui n’a pas l’air de déranger les canards. Ensuite une grande coulée de silice. C’est joli, on dirait un glacier en dentelle.

Puis la « Champagne Pool », un bassin tout rond bordé de rouge dû à l’antimoine, l’or, l’argent, le soufre, etc. L’eau pétille et quand les japonais arrêtent de faire du bruit en rigolant et en trainant leurs claquettes, on peut entendre le bruit des bulles comme du champagne. On n’a pas pu en avoir une belle photo ; le temps étant un peu frais, la vapeur faisait un nuage assez dense au dessus de l’eau. Si vous cherchez Wai-o-Tapu sur Google, vous devriez trouver de belles images.

Encore un cratère de l’enfer où bout de la boue, bouh ! Je sais, c’était facile. Il parait que certaines « éruptions » de boue peuvent monter jusqu’à 20 mètres. Il ne vaut mieux pas être en dessous pour la recevoir.

Enfin, le clou du parc, voici la piscine d’arsenic ! J’ai essayé de retoucher la photo pour que la couleur soit plus ressemblante mais ça ne suffit pas encore. Il faut imaginer un bassin absolument vert fluo. Je sais que j’ai l’habitude d’exagérer dans mes récits mais je suis sure que ce bassin brille dans le noir tellement le vert est fluo ! Et si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à venir le voir vous-même. En tout cas, même sans savoir que c’est de l’arsenic liquide, ça ne donne vraiment pas envie d’y piquer une tête.

Et voilà pour le parc Wai-o-Tapu ! Un panneau indique des mud pools à 2km mais nous avons un peu la flemme de pousser jusque là. Nous rentrons donc à l’auberge pour prendre l’apéro. 

Cette fois, nous ne retrouvons pas qu’Alexis. Deux autres français sont arrivés. Ils sont en tour du monde et débarquent fraîchement d’Indonésie. L’après-midi même, ils ont été à la Foire au Sanglier de Taupo (véridique) et ils ont acheté deux énormes poissons à un pêcheur légèrement alcoolisé pour la modique somme de 2 cigarettes indonésiennes. J’ai encore du progrès à faire en marchandage. Les poissons sont des « snapper » (Lutjanus campechanus d’après Wikipédia), ils sont très réputés en NZ et normalement beaucoup moins abordables que ce qu’ils ont payé. 

Nous les regardons préparer et cuire l’un des poissons au barbecue pendant que nous finissons nos spaghettis bolognaises. Nous passons la soirée à discuter de voyages et d’autres choses et nous rentrons nous coucher en claudiquant sur nos ampoules.

 Lundi 6 juin

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de la reine. Happy Birthday la vieille !

Nous avons réservé des places sur un bateau pour aller voir les Maori Rock Carvings sur le lac. C’est un visage gravée sur une falaise au-dessus de l’eau et auquel on ne peut accéder que par bateau.
Jusqu’à l’heure du départ de notre bateau, nous semblions être les seuls à avoir réservé, c’était un peu gênant. Finalement, un autre couple puis toute une famille de chinois sont venus nous tenir compagnie. 

Le bateau fait lentement le tour des différentes baies, accompagné par les commentaires incompréhensibles de notre capitaine. Il fait frais et il bruine un peu, nous ne sommes pas fâchés d’avoir emporté les bousons de ski finalement. Enfin, après plus d’une heure, nous arrivons aux carving ! Nous attendons que toute une armée de kayak nous cède la place et c’est notre tour de mitrailler la falaise. La famille de chinois prend toute la place et chaque membre se fait prendre en photo, puis viennent les photos de groupe puis la photo de toute la famille. Dix minutes plus tard, nous pouvons enfin photographier le visage et les autres sculptures. 

Nous ne comprenons pas grand-chose aux explications mais suffisamment pour être déçus : le visage gravé ne date pas de temps immémoriaux, gravé par des êtres mystérieux par une technique inconnue teintée de magie (c’est l’idée que je m’étais faite). En fait c’est juste un mec maori en 4x4 dans les années 70 qui a vu la paroi rocheuse et qui s’est dit qu’il allait en faire son support. 

Du coup, la croisière a perdu un peu de sa magie. Encore une heure de trajet un peu plus rapide et nous sommes de retour sur la terre ferme. Nous passons à la voiture chercher le pique-nique et nous retournons sur le banc aux canards du premier jour. Cette fois-ci, un groupe de filles fait diversion et nous déjeunons tranquillement.

La veille, les français en tour du monde nous avaient montré une vidéo des mud pool de Wai-o-Tapu que nous avions eu la flemme d’aller voir. Je regrette un peu d’avoir raté ce spectacle donc nous décidons de faire encore un petit tour de Taupo puis de rentrer à Auckland par la route de Rotorua pour voir les mud pools. 

A la sortie de Taupo vers Rotorua, un homme à l’air un peu déboussolé fait du stop. Nous nous rappelons alors la discussion que nous avions eue avec Alexis et qui traitait de tous les noms les gens qui ne l’avaient pas pris en stop pendant son voyage. « C’est surtout les touristes en Capervan et les jeunes, ceux là, tu peux être sûr qu’ils ne te prendront pas ». Nous nous rappelons aussi des deux gamines à Kaitaia qui avaient failli nous faire suffoquer avec leur odeur de pieds. Finalement, notre bonne conscience prend le dessus et nous nous arrêtons pour lui demander où il compte se rendre. Il va à Rotorua, sur notre chemin, donc nous lui faisons signe de monter. 

Notre nouvel ami s’appelle Blake (prononcez « blèke ») et est un moulin à parole. Nous le prévenons que nous comptons nous arrêter aux mud pools mais il a l’air tellement reconnaissant qu’il se moque de perdre un quart d’heure en route, d’autant que la pluie vient de recommencer à tomber. 

Comme je le disais, Blake est très bavard et en une heure de route, nous apprenons qu’il vient de quitter son job parce que son patron était un vrai c****** (« asshole » dans le texte), qu’il lui avait demandé de venir bosser tout le weekend au cas où ils auraient du boulot et que, comme ils n’avaient pas eu de boulot, le patron refusait de lui payer les jours du weekend. En plus de cela, nous apprenons que son patron est alcoolique et infidèle et qu’il voulait toujours entrainer ses employer à boire et à aller au bar de strip tease avec lui. Enfin, Blake a perdu son permis il y a longtemps parce qu’il avait une voiture trop puissante (on en déduit qu’il faisait l’idiot avec) et qu’un voisin vient de l’appeler pour lui dire qu’il avait été cambriolé pendant le weekend. C’est à ce moment qu’il avait démissionné et que son boss avait tout naturellement refusé de le ramener à Rotorua.  Il est un peu cloche ce garçon.

Il s’arrête une seconde de parler de ses aventures pour me complimenter sur ma conduite. C’est à ce moment que nous passons à 100km/h devant le panneau qui indiquait les mud pools sur la droite. J’essaye de piler, je me fais engueuler par tous les conducteurs derrière, finalement il est trop tard pour tourner et je me refais engueuler quand je veux reprendre ma place sur la route. Au temps pour la bonne conduite. 

« C’est pas grave, il y a une autre entrée pour le parc un peu plus loin » dis-je, et nous repartons. Deux minutes plus tard, nous passons devant le second panneau, toujours à 100km/h et je rate la deuxième et dernière entrée du parc. « T’as qu’à faire demi-tour » me suggère Blake alors que nous sommes sur une nationale. Je comprends un peu mieux comment il a pu perdre son permis. 

Tant pis pour les mud pools, nous continuons vers Rotorua. Pour me consoler, Blake me dit qu’à Rotorua il y a des mud pools aussi. Un peu plus tard, nous arrivons à Rotorua et nous laissons Blake à un croisement. Maintenant, nous avons son numéro et nous saurons où dormir si un jour nous passons par son bled dont nous avons oublié le nom. C’est l’intention qui compte.

Effectivement, en plein milieu de Rotorua, il y a un petit parc plein de mares bouillonnantes et fumantes (et puantes). La photo a eu un petit problème à l'enregistrement mais ça y ressemble quand même.

Rotorua est très réputée pour son Polynesian Spa où on peut barboter dans l’eau chaude et se faire recouvrir de boues diverses et variées, miam miam. Je trouve quand même bizarre d’avoir eu l’idée de construire une ville sur une marmite géante.

Nous faisons donc un petit tour du parc pour voir glouglouter les mares et humer les odeurs de soufres. Je trouve des mud pools mais elles n’ont pas l’air aussi marrantes que celles de Wai-o-tapu. Une demi-heure plus tard, nous reprenons la route d’Auckland. 

Nous arrivons finalement chez nous vers 19h, la route a été vraiment interminable. La voisine nous avait demandé avant le weekend si on acceptait d’échanger nos garages. N’y voyant pas d’inconvénients, surtout que le sien était plus facile d’accès, nous avons accepté. Bien mal nous en a pris, son garage était en fait un tiers plus court que le nôtre et la Subaru dépasse de la porte de 30 bons centimètres. Quel est l’abruti qui a construit un garage trop court pour y garer une voiture ??? Du coup, si nous voulons la laisser à l’intérieur, nous ne pouvons rien mettre d’autre dans le garage de peur de se faire voler. Ca m’ennuie un peu de laisser la voiture sur la place devant le garage, elle est vieille et ça ne lui fera pas de mal d’être presque protégée de la pluie. Il faudra que j’y réfléchisse. 

Voilà pour mon interminable récit de trois jours hauts en couleur ! Je sais que je suis bien en retard mais cet article fait plus de 4 600 mots.

Après cela, nous avons décidé de faire une pause dans nos explorations jusqu’au printemps. Peut-être iront-nous un weekend à Whakapapa avec d’autres français, faire du ski et prendre l’apéro avec la vue sur la Montagne du Destin (le Seigneur des Anneaux). Ce serait classe !